L'usine Normant Matra est une grosse usine située à Romorantin-Lanthenay, la capitale de la Sologne, elle est située en plein centre-ville, le long de la Sauldre sur 6 hectares. Cette usine a accueilli la manufacture de laine Normant, puis le constructeur automobile Matra connu notamment pour être le concepteur de l'Espace, concept vendu à Renault.

Matra était
la plus grosse entreprise de la Région Centre ainsi que le 3ème constructeur automobile Français. Matra a fermé en Juin 2003, mettant 3000 personnes à la porte en 2 ans.

Pendant près de deux siècles, Normand puis Matra ont été les principales industries de Romorantin et ont fait la fierté de la ville et de ses habitants.
Le développemment de cette usine et de la ville sont intimement liées. Certaines parties de l'usine sont classées Monuments Historiques.

L'usine a été racheté par la ville en 2006, elle sera en grande partie détruite courrant 2009 pour en faire un nouveau quartier.
L'avenir du site de l'usine Normant / Matra 1

Le site Matra 1 est racheté par la mairie en décembre 2006
, il est décidé de créer un nouveau quartier à l'emplacement de l'usine. La municipalité y voit l'opportunité de redynamiser le centre-ville. Le projet aurait du être réalisé par un promoteur-investisseur, mais celui-ci ayant des difficultés financières avec la crise économique, il s'est rétracté. La ville décide donc de mener à bien le projet elle-même.

3 parties seront conservées :
La porte dite des béliers
, porte monumentale marquant l'entrée de l'usine, construite en 1900, classée aux Monument historiques, ainsi que une partie du magasin aux laine à sa gauche et l'aile allant jusqu'à la Sauldre à sa droite datant des années 1800.
L'ancienne salle des métiers à tisser, construite selon le procédé en béton armé inventé par François Hennebique dans les années 1900, l'une des premières applications de son procédé en France, classée Monument historique.
La petite
chaufferie en brique avec ses trois cheminées.
Tout le reste sera (malheureusement) détruit.

Le projet s'articule autour de la création d'un pôle culturel dans la partie Hennebique :
conservatoire de musique, médiathèque numérique, le futur musée de la brique, de la tuile et de la céramique de Sologne, l'aménagement d'un bar lounge dans l'ancienne chaufferie qui sera reliée au parc de l'île de la Motte par une petite passerelle. La construction de près de 400 logements (en accession à la propriété : 295 , et en social : 70), dont environ 70 maisons individuelles environ, une résidence-service pour personnes agées, 500 places de parking ainsi qu'un parc.

Le 23 Novembre, avant le début des travaux de démolition, la mairie décide d'ouvrir le site de l'usine au public, cette usine qui a accueilli les Manufactures Normant, puis l'Usine Matra, qui a forgé l'histoire de Romorantin pendant 2 siècles, qui a fait sa richesse, ce qui faisait la fierté de la ville et de ses habitants pendant plusieurs décennies. 5000 à 7000 personnes viendront...
Des travaux de "nettoyage" débuteront la semaine d'après, et les buldozers attaqueront l'usine à partir de Janvier 2009 pendant plusieurs mois.
3 Juin 2003 : la fermeture


En deux ans, 3000 personnes sont mises à la porte
, d'abord les intérimaires dont les contrats ne sont pas renouvellés, puis sous forme d'appel aux départs volontaires, puis sous 2 grosses vagues de licenciements massifs.
La ville perd plus de 3000 emplois, sans compter les nombreux sous-traitants. Pour une ville de 18 000 habitants, c'est tout simplement énorme.

Dans les médias régionaux on en parle énormément, dans les médias nationaux beaucoup moins : pendant ce temps il y a Métaleurop dans une région beaucoup plus peuplée qui est le Nord qui ferme en mettant 900 personnes dehors. Rafarin viendra parler de l'emploi dans la région centre à Tours à ce même moment, mais ne daignera pas venir à Romorantin, malgré l'incitation des "matraciens" et des élus, et fait incroyable, il ne daignera pas aborder le sujet (il venait pourtant parler d'emploi, et de plus, l'état est le principal actionnaire de Renault).
2001-2003 Le déclin de Matra automobile


Malheureusement, pour la 4ème version de l'Espace, Renault décide de
délocaliser sa production dans une de ses usines à Sandouville, dans le département de Seine Maritime. Pendant ce temps, Lagardère Fils se désintéresse de l'usine et cherche à s'en débarrasser, souhaitant se recentrer sur les médias. A cette époque il est bien plus préoccupé par l'achat de Vivendi, qu'il va réussir à racheter in extremis que par la santé de Matra Automobile.
Pour compenser la perte de la fabrication de l'Espace pour Matra, Renault lui confie la fabrication de son nouveau modèle : l'
Avantime, qui sera fabriquée au début en parallèle de l'Espace, dont la production est censé s'arrêter en 2002.
Matra place tous ses espoirs dans ce nouveau véhicule, même s'il sait qu'elle ne compensera jamais la perte de l'Espace. Mais l'Avantime connaît des problèmes de mises au point techniques, qui entraînera un retard de sa production. Elle sort finalement en même temps que la Velsatis, un autre modèle de Renault. Renault préférant privilégier la Velsatis, construite au sein de ses usines, ne communiquera pas sur l'avantime, communication qui est pourtant la base de vente d'un produit (la première publicité pour l'Avantime sera visible plus un an après sa sortie, quelques jours après la l'annonce de la fermeture de l'usine) et ne la présente que très peu dans ses points de vente. Les ventes ne décollent pas, Renault délaisse ce modèle. L'avantime fait un flop.

lLes stocks s'agrandissent, la fabrication est réduite au minimum. Délaissée par Renault et par Lagardère, Matra, ayant tout misé sur le succès de l'Avantime, n'ayant pas pris de garanties en cas d'échecs et n'ayant pas d'autres fabrications à ce jour, perd des millions d'euros par jour.
En deux ans, de 2001 à Mai 2003, date d'arrêt de la production, seules 8557 Avantime veront le jour.

Pendant ce temps, des ateliers sont fabriqués fin 2002 début 2003 sur le site Romo 3 pour contruire la
M72, modèle créé par Matra, dont le concept-car a été un succès à divers salons automobiles. Malheureusement, ce modèle ne verra jamais le jour. L'usine fermera avant.

1961-2003 L'épopée automobile avec Matra


S'installent dans l'usine, alors encore occupé par Normant, qui connait des difficultés,
René Bonnet et la Générale d'Application Plastique en 1961, qui fusionneront sous le nom Matra Sport en 1965. En 1969, lors de la fermeture de l'usine Normant, Matra reprend la totalité du site.
Matra s'illlustrera dans la sortie de plusieurs modèles : la
Matra 530 (1967), la Bagghera (1973), la Rancho (1977), la Murena (1977), et surtout l'Espace en 1984, concept créé par Matra, dont le patron cherche à concevoir depuis 1978, une voiture modulaire pour transporter confortablement une famille et ses bagages, concept qui aurait du être vendu à Peugeot à l'origine, mais qui a finalement été vendu à Renault, Peugeot ayant des déboires avec Talbo. Ce concept révolutionnera l'automobile par la création d'un nouveau type de véhicule : le monospace.
En 20 ans, plus de
874 000 Espace sortiront des usines Matra.

Matra s'est aussi illustré dans la
course automobile en remportant trois victoires consécutives aux 24h du Mans (1972, 73, 74) et en remportant le double titre champion du monde Pilote et Constructeur en Formule 1 en 1969.

En
Janvier 2000, Matra emploie plus de 3000 personnes, près de 350 Espace sortent alors de l'usine par jour.
C'est
la plus grande entreprise de la région Centre.


Le site de l'usine Normand n'est pas profondément remanié, les bâtiments sont réutilisés, on en construit quelques autres au fil du temps. On ferme quelques cours pour gagner de l'espace. Les ajouts de l'époques sont visibles puisqu'il s'agit principalement de bâtiments en tôle. Quelques bâtiments sont aussi détruits
Avec la construction de l'Espace, le site ne suffit plus, d'où la construction de nouveaux sites où les différentes étapes de fabrications sont réparties.

Les usines Matra se développent alors sur 3 sites distincts à Romorantin : un site de 6ha appelé Matra 1 dans le centre ville qui n'est autre que le site de l'ancienne usine Normant ; un autre site appelé Matra 2, lui aussi de 6ha, en périphérie de ville mais assez enclavé, et un autre site, matra 3, le plus moderne, d'une vingtaine d'hectares aux portes de la ville ; et un à Theillais.
1800-1969 La manufacture de laine Normant


La
manufacture Normant est fondée en 1800, par Antoine Normant, avant de s'associer avec ses deux frères pour créer l'usine en 1816. Son emplacement près de la Sauldre est sans doute un critère de choix car il permet un accès à l'eau aisé, ce qui est indispensable pour le lavage des laines. L'usine est à proximité immédiate avec la ville.
Elle prospère vite,
en 1825 elle compte 800 salariés.
En 1950, les premières difficultés se font sentir, à cause de la crise du textile.
L'usine fermera le 13 décembre 1969, après plus d'un siècle et demi de bons et loyaux services.

Au niveau patrimoine architectural, Normant nous laisse principalement deux parties remarquables :
- sa porte monumentale construite en 1900 (classée Monument historique) sur lesquels figurent des Béliers, d'où son surnom, aisi que des sculptures rappelant le travail de la laine. Elle restera pendant plus d'un siècle l'entrée principale de l'usine.
- une partie construite en béton armé au tout début du XXème siècle, avec le procédé Hennebique, l'une de ses premières applications enFrance, cette partie est aussi classée monuments historiques.
On peut aussi citer les deux bâtiments qui encadrent l'entrée, construit au XIXème siècle, dont le magasin aux laines à gauche quand on est à l'extérieur de l'usine qui n'ont que très peu changé depuis leur construction, la chaufferie en brique avec ses 3 cheminées, ainsi que divers bâtiments en longueur, en pierre et en briques, qui ont subit beaucoup de transformations au fil du temps.

En plus de l'usine elle-même, Normant nous laisse un bel hôtel particulier et un vaste parc, qui est actuellement l'hôtel de ville, ainsi qu'une petite centrale hydro-électrique à Villeherviers, construite en 1903 et qui fonctionne toujours aujourd'hui.
L'après Matra


En Septembre 2004, une partie de l'usine du site Romo 2 est utilisée par
AXR, fabricant de buggy. Il fermera le 27 février 2007 après liquidation judiciaire...

Concernant Matra, seule une activité concernant l'
expédition de pièces de rechanges de l'Espace et de l'Avantime sur le site de 6 hectares de Romo 2 est maintenue sur une durée de dix ans, comme le prévoit la loi. Elle est regroupée sous le nom Matra Manufacturing & Services. En 2003 elle fait travailler 95 salariés qui doivent répondre à 2000 commandes par jour. Mais cette activité étant voué, par essence, à diminuer puis à disparaître, pour assurer la pérennité des emplois sur le site, Matra MS a eu l'idée de se lancer dans la mise au point et la fabrication de vélos électriques et de petites voiturettess elles aussi électriques en se positionnement sur les véhicules pour le déplacement de proximité. Aujourd'hui elle compte 122 salariés, elle a vendu 4000 vélos électriques et 400 petites voitures. Elle commence à se faire une image de marque dans ce domaine, notamment par un vélo qui peut se transformer en vélo d'appartement et l'energie accumulée à ce moment pourra resservir à monter dans les côtes difficiles après. Une vingtaine de personnes travaillent dessus, tous des anciens. Pendant l'été 2009 elle lancera sur le marché un petit scooter électrique.
[Site internet : http://www.matra-ms.com]

Salle des filatures vers 1900.
Vue générale de l'usine Normant au début du XXéme siècle.
L'usine au XIXème siècle.
Salle des métiers à tisser dite salle Hennebique vers 1900.
La construction de la porte monumentale dite porte des Béliers en 1900.
Ouvriers devant la porte des Béliers, entrée principale de l'usine.
Usine Matra vue du ciel (Photo NR)
Montage de la Renault Espace (Photo NR)
La MS 80 championne du monde de formule 1 en 1969 avec Jacky Stewart au volant.
(image musée Matra)
Une des MS 670 trois fois vainqueures des 24h du Mans avec Pescarolo.
(image musée Matra)
La Matra 530 (1967)
L'espace, concept vendu à Renault, puis développé avec ce dernier.
La Bagghera (1973), voiture aérodynamique allant jusqu'à 180km/h et trois places à l'avant.
La zoom, projet Matra P50, concept-car électrique et pliable, 1992 pour Renault.
(image musée Matra)
Plans de principe montrant les divers destinations des bâtiments (image Romo dialogues)
L'avantime, un des plus gros échec commercial de Renault, qui a précipité Matra et ses 3000 salariés dans sa chute.
La M72, modèle qui aurait du être construit et qui ne verra finalement jamais le jour
Le projet Matra P75, concept car dévoilé à Détroit en Janvier 2003, à peine 1 mois avant l'annonce de la fermeture de l'usine.
Ce concept-car est un monospace compact. Il possède peu d'emprise au sol, mais le volume est favorisé grâce à sa hauteur généreuse et sa forme assez "cubique" afin de permettre une capacité de chargement importante. Le coffre s'ouvre avec 2 portes qui viennent se coulisser le long de la carosserie, les sièges arrières peuvent s'enlever pour transformer le véhicule en utilitaire
Il est de taille réduite. Il est conçu pour être un véhicule à carburant ou électrique.
Il a été remarqué au salon de détroit.
Le 26 Février 2003 le couperet tombe, Matra annonce sa fermeture.

Les salariés laissent exploser leur colère à l'annonce de la fermeture de leur usine, les Romorantinais et les Solognots sont stupéfaits de cette décision. C'est l'incompréhension. On parle alors de séisme économique, d'énorme gâchis aussi, car Matra possédait un savoir faire reconnu et apprécié, autant dans la conception de modèles automobiles, que dans leur réalisation.

L'usine fermera le 3 Juin 2003. C'est la fin de l'épopée Matra.

Le matériel et les machines seront vendu aux enchères en 2004.
Manifestation des salariés de Matra (photo NR)
Quelques salariés posant devant l'entrée de l'usine dont ll'enseigne a été orné d'un brassard noir (photo NR)
Manifestation des salariés de Matra montés en Ile de France. (photo NR)
Un des vélos électrique vendu par Matra MS
L'avant-projet présenté en décembre 2007 par la Mairie (le plan a évolué depuis)
Les photos du site :


La première série de photos a été prise en semaine, le 19 Novembre 2008, quelques jours avant l'ouverture au public par la mairie, à peine une semaine avant le début des destructions.
La deuxième série a été réalisée lors des destructions, le 23 Avril 2009.






En savoir plus...


Pour en savoir plus sur l'épopée Matra ainsi que découvrir les différents modèles de voitures et prototypes, vous pouvez visiter le musée automobile Matra à Romorantin.
Manifestation des salariés de Matra à Romorantin-Lanthenay (photo NR)